Le groupe

2001, l’odyssée de System.

Let the Awe and Mystery of a Music Unlike Any Other Begin.


Date-clé du groupe américano-arménien, 2001 fut l’année signant la reconnaissance mondiale du groupe. Avec la sortie de leur deuxième album, Toxicity, c’est plus de douze millions d’albums qui se sont vendus et tout autant de fans qui firent grossir les rangs (déjà bien fournis après la sortie de leur premier album éponyme en 1995) des adorateurs de System Of A Down.

Ce succès commercial et musical (succès, rappelons-le, inattendu dans un Los Angeles aux sonorités formatées par un timbre très ‘business’) permit donc au groupe de s’élever au statut d’incontournables de la musique de ce siècle, mais aussi et surtout de faire connaitre un style aux résonnances d’un pays marqué par un passé douloureux, un style rythmé par l’éclectisme du groupe – où notes orientales  se mêlent à un rock décoiffant – un style décidemment bien différent, marque de fabrique de System Of A Down.

Car se démarquer est primordial pour ces quatre musiciens. Et pas seulement par leurs riffs. Leur investissement est loin d’être uniquement musical. Leurs morceaux constituent un vecteur pour d’autres messages, aux sons moins mélodiques. Parmi les différentes contestations, les abus policiers et politiques, la défiguration de la planète au profit de l’industrialisation et du mercantilisme, les guerres, et au cœur de tout cela, le génocide arménien ; injustice d’un peuple portant les stigmates d’un acte encore non reconnu par certains gouvernements.

De cette aptitude à se distinguer des autres sur toutes les perspectives – musicales, politiques, mais aussi vestimentaires et capillaires ! – alliée à un talent certain et une osmose scénique, fit donc de ce groupe une légende. Si bien que, quatre ans après l’annonce d’un ‘hiatus’, nombreux sont ceux et celles qui rêvent et croient encore au retour sur scène d’un système qui en fit tomber des nues plus d’un, et qui, en l’espace de quelques années a rejoint les plus grands et contribué à l’émancipation d’une musique jusqu’à lors mise en sourdine.

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L’ère de Soil

Ce qui fait System Of A Down, c’est indéniablement ceux qui le composent. Sans ces quatre personnalités, talents et egos nourrissant les partitions du groupe, jamais probablement n’aurions-nous eu la possibilité d’entendre ce qu’ils avaient à proposer. Alors qu’elle peut paraître aux fans comme une union évidente, une alchimie évidente et manifeste, la combinaison de Serj, Daron, John et Shavo est majoritairement le produit de conjonctures coïncidentes, le fruit du hasard – ou du destin ?

Retour sur la genèse du groupe.

Banlieue de Los Angeles. Nightingale Studios, Burbank. Parmi les groupes qui se partagent les locaux, deux en particulier nous intéressent : ils sont à l’origine d’une rencontre, celle de Serj Tankian et Daron Malakian. En effet, tous deux semblent avoir beaucoup de points communs qui vont les mener vers la création d’un nouveau groupe. Outre leur studio de répét’, ils partagent la même passion pour la musique, les mêmes origines arméniennes et anecdotiquement le même cursus scolaire, ayant tous deux passé leurs années lycée à Rose and Alex Pilibos Armenian High School. Indubitablement, apparait donc de leur toute fraîche collaboration le groupe Soil en 1992.

À ces deux électrons libres se greffent Dave Hakopyan à la basse, Domingo ‘Dingo’ Laranio à la batterie ainsi que Shavo Odadjian, un autre ancien du lycée arménien avec qui les architectes du  groupe entretiennent de forts liens d’amitié, en tant que seconde guitare et impresario dans un premier temps – dont les connaissances managériales impressionnent particulièrement – puis en tant que bassiste suite au départ soudain d’Hakopyan, bientôt suivi de celui de Laranio.

Ce rebondissement n’entrave néanmoins pas la soif de musique et de création que possèdent les trois rescapés, et suite à réorganisation et apport d’un nouveau membre, les revoilà, Serj toujours au clavier et au chant, Daron toujours à la guitare, accompagnés de Shavo, leur ancien manager devenu bassiste, et d’Ontronik ‘Andy’ Khachaturian à la batterie. C’est avec cette formation qu’ils décident de se rebaptiser : inspiré d’un poème de Daron, Victims of a Down, c’est System Of A Down qui est né.


L’ère de System

Nous sommes désormais en 1994.

Avec un nouveau nom et un nouveau plein d’énergie, System compose. Huit chansons en un rien de temps, et déjà Shavo file dans les rues de Los Angeles à la recherche de clubs qui voudront bien d’eux, et de leur musique. Avec son acharnement et sa persuasion, il enfonce les portes jusqu’alors fermées et décroche en mai 1995 un concert auprès du club Roxy, à la condition de vendre 75 tickets. Ce sera le double qui seront monnayés et, au soir du 28 mai, en pleine affiche de Ska, les voilà qui branchent leurs instruments et avec eux encore plus de fans, électrisés par ces morceaux déjantés, hétéroclites, aboutis.

Ils transforment l’essai quelques semaines plus tard, quand les gérants du Roxy retentent l’expérience, forts du succès de ces phénomènes, leur demandant de vendre 200 tickets afin d’être réengagés. Moment charnière de leur carrière, les fans répondent à l’appel, propulsant leurs idoles vers les premières parties de scène, qui le leur rendront bien pendant encore deux ans avant, enfin,  de décider d’assurer leurs propres shows.

1997, coup de maîtres et coup du sort.

Alors que le groupe est prêt à poser les pieds sur les planches en tant que tête d’affiche, c’est Andy Katchaturian qui est contraint à quitter le groupe, dès lors à l’apogée de son succès. Suite à un accident l’empêchant d’utiliser son bras gauche, il ne pourra se rétablir à temps pour la tournée et c’est donc en urgence que les autres membres font un appel à tous les batteurs disponibles. Après en avoir auditionné une vingtaine, ils arrêtent leur choix sur John Dolmayan. Andy, qui  de son côté formera le groupe The Apex Theory puis VOkEE, n’en est pas moins oublié par ses anciens collègues. Il a participé à la composition d’un grand nombre de chansons, il sera d’ailleurs rappelé pour remplacer Serj au chant lorsque celui-ci se retrouvera dans l’incapacité d’assurer le concert au Troubadour en 1996.

Retrouvez notre interview d’ Andy Katchaturian dans votre zone membre (offre réservée aux membres SOAD France) !

C’est donc avec John, Shavo, Serj et Daron que System Of A Down se lance avec sa formation définitive pour une carrière très prometteuse.

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L’ère de gloire

Alors que cela ne fait quelques années à peine qu’il existe, SOAD émule déjà les foules. Les ‘Demo Tapes’ ont un grand succès et bon nombre de producteurs cherchent à se l’arracher.

C’est en juillet 1997, au Viper Room, que la proposition à ne pas refuser est sur le point d’être faite. Rick Rubin, producteur de grands, tels que Slayer, Johnny Cash et les Red Hot Chili Peppers, est dans la salle, prêt à écouter ce groupe qu’on lui a vanté comme prodigieux. Son excitation ne fait qu’un tour, ceux-là, il faut les signer. Sortir leur premier album chez American Recordings, voilà ce qu’il leur propose.

C’est donc quelques semaines après la tombée de l’offre que les quatre musiciens acceptent finalement le deal, non sans avoir réfléchi à la meilleure option, n’ayant nullement envie de renégocier leur main prise sur le groupe.

1998, et les murs du ‘Sound City Studios’.

Le tout premier album est en passe d’être enregistré : ses treize pistes sélectionnées, il fait vibrer les bâtiments ; et, à la nouvelle de sa sortie, les cœurs des inconditionnels. Pari gagné pour Rubin et ses poulains, l’album éponyme sorti cette année-là amènera le groupe à se retrouver lors de sa tournée américaine face à un public encore plus large, adorateurs de cette musique singulière et décalée.

Pendant les deux ans de tournée consécutifs à la sortie de ce premier opus, System Of A Down fait trembler : un jeu de scène impressionnant soutenu par des musiciens au look fantasmagorique, qui en font des tonnes et détonnent.

2000, de retour dans les studios.

C’est cette fois-ci le seuil des ‘Cellos Studios’ que passe SOAD. Pas de précipitation prévue au programme, le deuxième album se veut différent du premier. Les membres ont donc décidé de s’investir dans un procédé de réinvention, de réappropriation de leur musique, qu’ils ne souhaitent pas simple vecteur commercial. Déstructuration et puisement dans leurs récentes expériences et leurs racines, c’est ce vers quoi ils tendent pour une réécriture de leur art.

Ainsi, Serj propose à Arto Tuncboyaciyan, multi-instrumentaliste arménien, de collaborer sur leur projet, ajoutant donc avec la participation de ce dernier une portée nouvelle, encore plus éclectique, encore moins formatée.

Sur la quarantaine de titres bouclés, quatorze sont sélectionnés. De ceux-ci naîtra Toxicity, en août 2001. Fort de son succès, cet album est l’album de la consécration, faisant de ce groupe de la banlieue de L.A. un monstre de scène. John, Shavo, Serj et Daron reprendront donc leurs titres phares, Toxicity, Aerials et Chop Suey! pour la promotion de leur petit deuxième pendant deux années encore, et cette fois-ci, c’est sur les routes du monde entier qu’ils entonneront les refrains effrénés qu’on leur connait si bien.

Alors que les musiciens donnent tout sur scène et injectent leur énergie dans chacun de leur titres, une énergie encore plus grande est libérée sur le net, où les fans se passent sous la toile ‘Toxicity 2’, album inédit, fuite des studios, regroupant des morceaux in-ouïs, recalés de la cession Toxicity 1.0.

Pour contrer la divulgation frauduleuse de chansons pas complètement abouties aux yeux du groupe, dès leur retour de tournée, les membres décident de reprendre chacune d’elles et de les retravailler pour ensuite les intégrer à un nouvel album, dans les bacs en novembre 2002, avec pour titre Steal This Album!, référence littéraire des années 70s (Steal This Book, d’Abbie Hoffman) mais aussi très actuelle en rapport aux fameux fichiers volés que les internautes se sont partagés.

Une fois de plus, l’album – souvent considéré à tort comme un ‘B-Sides’ – cartonne et rafle la quinzième place dans les charts et SOAD s’offre le repos tant mérité après sa tournée de folie.

Il semblerait que cette fameuse tournée ait essoufflé le groupe, qui, depuis la sortie de Steal This Album! se fait plus discret en terme d’évènements – du côté des fans par contre, tous les scandent encore pour un retour sur scène. Cependant, cette apparence calme cache bien des projets ! Mais solos. Chacun des membres a l’air de se trouver une passion parallèle à celle du groupe, résultants en de nombreux plans artistiques.

Retrouvez les aspirations de chacun des membres dans notre rubrique ‘Side Projects’ !

Le groupe continuera à se produire dans quelques festivals en 2003 et 2004 comme le Leeds et le Reading Festival, le SOULS festival et un concert ‘Axis of Justice’, association créée par Serj (et Tom Morello, guitariste de Rage Against The Machine) luttant contre les injustices et inégalités de toutes sortes.

Quant au prochain album, il ne cesse d’être repoussé, et malgré l’optimisme des foules, il se murmure que le groupe pourrait bien venir à disparaitre. Rumeurs auxquelles on mettra rapidement le bâillon quand en été 2004, enfin, le groupe retourne en studios pour la création de leur quatrième album.

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L’Ere du renouveau

Une fois encore, le besoin de se révolutionner dans les sons est palpable, et les membres du groupe, encore une fois pris d’une fièvre compositrice, se retrouvent avec une trentaine de pistes. Contrairement au choix pris lors de la conception de Toxicity, il sera cette fois décidé que soustraire tout titre à l’album serait une mutilation du travail fourni, et c’est donc sous le poids d’un double album que le problème est écrasé pendant un temps.

Puis cette notion de double album parait trop lourde aux oreilles de Serj qui manifeste une difficulté à s’imprégner des chansons en voulant tout écouter. Il sera donc décidé de sortir l’album en deux opus distincts mais jumelables, comme reliés par un cordon ombilico-musical invisible. D’un, ils peuvent devenir deux en encastrant les pochettes l’une dans l’autre.

Étant donné l’engouement porté par l’annonce d’un nouvel album, après trois ans d’attente, System offre donc, fin avril 2005, une tournée semi-privée à travers le monde : le ‘Guerilla Club Tour’ (dont une date au Trabendo de Paris), encore une fois, un triomphe.

Sortis à six mois d’intervalle (le premier le 17 mai 2005, le second le 22 novembre de la même année), la sortie de Mezmerize/Hypnotize est un doublé : le public saura intégrer et assimiler les nombreuses chansons et, une fois de plus, le groupe s’assure une ruée vers les disquaires, en deux temps cette fois, et une place confortable dans les tops des ventes.

Une fois l’album sorti, s’ensuit une seconde tournée débutant en Europe le 27 mai, avec ses 23 dates, avant que le groupe ne retourne sur ses terres d’adoption en août, partageant l’affiche avec deux autres groupes, dont ‘Bad Acid Trip’,  produit sur le label de Serj, Serjical Strike.

C’est en octobre 2005, après plus de cinquante dates et quatre mois et demi sur les routes que s’achève cette tournée phénoménale et éreintante. System n’en sera que récompensé : quand arrive dans les mains du public le deuxième volet, Hypnotize, et se classe en première place des charts, ce n’est pas seulement des cris de joie qui éclatent, mais aussi le record seulement détenu jusqu’à lors par les Beatles, avec deux albums en tête des ventes la même année.

Pour sublimer cet accès de réussite, ils se verront décerner, lors des MTV Europe Music Awards de Lisbonne, le prix du ‘Meilleur Groupe Alternatif’, premier prix jamais remporté par le groupe. Et comme un succès n’arrive jamais seul, en février 2006, ils renouvellent l’exploit avec l’obtention de ‘La Meilleure Chanson Hard Rock’ aux Grammy Awards pour leur titre B.Y.O.B.

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L’Ere de repos

C’est sur cette note que se termine le périple d’un système plutôt bien rodé, puisque la tournée européenne, attendue par tous les fans outre atlantique, fut annulée, à l’instar du SOULS 2006. Purent se consoler les chanceux qui participèrent à L’Ozzfest 2006, avant d’apprendre que leur groupe préféré procèderait à un ‘hiatus’, en d’autres termes, à une pause à durée indéterminée entre ses entités.

Plus de quatre ans après l’annonce qui en fit frémir plus d’un, c’est toujours avec espoir que la communauté de fans cherche à trouver l’indice indiquant le retour de SOAD, et bien que jamais confirmé par les membres du groupe, rien ne saurait accabler les millions d’adeptes qui croient dur comme fer à la rentrée de leurs héros sur les devants de la scène.

En attendant, tous peuvent se consoler en trouvant dans les projets solos de chacun une rémanence du style musical du groupe, et pour les plus nostalgiques, leurs albums sauront les replonger dans cette ère glorieuse de System Of A Down, système à la fois mystérieux et intriguant, système qui a toujours tout donné et tout partagé, système qui, enfin, sait garder le suspense intact.

Copyright SOAD France – Agathe Moret

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